Croquis en ville – S’ouvrir à d’autres horizons graphiques

Chinatown, Carnet de voyage à Chiang-Mai

Carnet de voyage à Chiang Mai, Thaïlande, Delphine Priollaud-Stoclet.

Peindre l’énergie des villes, c’est poser l’œil et la main sur leur cœur palpitant, leurs odeurs, les gens qui se croisent, les lumières qui clignotent, s’allument et se reflètent, les zones d’ombres.
Je travaille en immersion :  voir tout en même temps, ultra-concentrée pour m’imprégner et ressentir en étant au cœur de l’action et du sujet, ici et maintenant.

Pas question de disséquer l’action en réduisant toute cette vie fascinante à des formes froidement additionnées avec une logique toute mathématique.

Animée d’une intention qui me fait voir au-delà mon champ de vision, je dessine globalement sans rien différencier : les personnages évoluent au même rythme que l’architecture, une file de voitures se connecte à un immeuble, tandis qu’une tache de  lumière colorée rassemble d’une éclaboussure les mille et une facettes composant ce puzzle urbain.

Tout penser en relation et sans arrêts. Considérer le croquis comme un réseau de couleurs et de lignes qui peu à peu laisseront percevoir le vrai sujet : le mouvement, la composition, les transitions, les contrastes… A projeter à n’importe quel prix des formes distinctes bien faites pour ressembler, on isole au lieu de rassembler. Chaque élément ignorant l’autre sans relation possible, le croquis, autiste, peine à transmettre une émotion vraie.

Dessiner globalement implique l’exploration de l’informe, d’accepter l’imprécision, le débordement, le hasard, de s’adapter à chaque instant, de remettre en question ses certitudes.
Regarder VRAIMENT, sans clichés ni idées préconçues.
Penser à mille choses en même temps.
Etre créatif, tout simplement.

Carnet de voyage à Cannes

Carnet de voyage à Cannes, Delphine Priollaud-Stoclet

Carnet de voyage à Naples

Carnet de voyage à Naples, Delphine Priollaud-StocletCarnet de voyage à Naples, avril 2017, Delphine Priollaud-Stoclet.
Début d’après-midi. Une brise légère, du soleil. J’arpente les ruelles pentues du quartier Spagnoli, un peu triste et déprimée, à la recherche d’un point de vue capable de me faire sourire. Fatiguée sans doute.
Vico Grotta Mastrodatti surgit à un carrefour. Des mètres et des mètres de caleçons aux jambes pendantes et remuantes, de draps rendus fous par le vent, de serviettes éclatantes au soleil animent les maisons en faisant dialoguer l’intime d’une lessive avec des façades qui en ont vu bien d’autres.
Je m’amuse avec les coulures d’ombres et de lumières, les pigments qui scintillent, un dialogue improbable (engueulade ou mots d’amour ?) qui passe en force à travers les volets entrouverts.
Tout à coup résonne l’Ave Maria de Schubert. Il se rapproche, je dessine, je regarde, concentrée. De plus en plus fort, juste derrière moi. Bêtement, je pleure. Le soleil éblouissant ? La musique ? Autre chose ? Je me retourne : ils sont là, deux petits garçons roumains transportant une énorme radio crachant Schubert à tue-tête et qui m’observent peindre sans rien dire, de longues minutes. Puis ils disparaissent et la musique aussi.
Encore une ou deux lignes, une tache de rouge et de jaune. Du blanc. Une pause.

Souvenir de vacances – Tellaro, Cinq Terres, Italie

Carnet de voyage dans les Cinq Terres, Italie, TellaroJuin 2016, Tellaro
Feuilletant mes dessins d’été, je retrouve cette aquarelle esquissée à Tellaro à l’heure du Spritz les pieds dans l’eau.

Tellaro, c’est un ravissant village de pêcheurs encore préservé des hordes de touristes agglutinés dans les villages perchés des Cinque Terre, à quelques encablures de là…
Pardonnez-moi ce cliché de vacances au soleil, mais rien ne me donne le sourire comme croquer la dolce vita à l’italienne.

Un croquis, une histoire. Jaisalmer, une ville en or

Jaisalmer, Rajasthan

Jaisalmer, Rajasthan

Jaisalmer, Rajasthan (Inde), 3 décembre 2015

En ce milieu d’après-midi brûlant, la ruelle étroite bordée d’encorbellements de pierre ciselée si finement qu’en comparaison la dentelle paraît une broderie grossière, s’enfonce vers une flaque de soleil abolissant tous les contours.
La couleur dorée si particulière de la pierre de Jaisalmer qui rappelle le sable du désert du Thar tout proche, a donné à la ville son surnom de ville jaune.

Jaisalmer est une ville précieuse où l’or et la boue s’enlacent et s’entrelacent.

Une petite terrasse surélevée borde la rue dans le prolongement de la maison, avec une chaise en plastique abandonnée là qui offre un confort et un point de vue parfaits.
Je m’assois là pour dessiner, protégée de la foule des rats filant dans les rigoles d’égoûts à ciel ouvert.
Un peu plus tard, un père et son petit garçon prennent place également.
Il crache avec une régularité de métronome et un affreux raclement de gorge. Je préfère ne pas y penser.

L’enfant s’enhardit, attrape alors un crayon dans ma trousse. Le père s’excuse avec un sourire qui retrousse sa moustache.
J’arrache une feuille pour le petit.
Il gribouille en poussant des cris de joie, et sur mon croquis, avec un peu de gris de Payne mélangé au violet de cobalt, s’illuminent les dernières touches d’ombre.

J’abandonne à Jaisalmer un crayon de papier contre le rire d’un enfant.

Un croquis, une histoire. Indian truck

  1. Indian truck, crayons aquarellables

La route défile à un train d’enfer entre Udaipur et Bijaipur, ponctuée de cahots et de klaxons.
Vaches divagantes, cochons vagabonds, saris éclatants ondulant dans un nuage de poussière jaune, attelages de fortune. Des femmes portent en guise de coiffure d’incroyables fagots de branchages qui les transforment en équilibristes. D’autres se pavanent en amazone à l’arrière d’une mobylette, scintillantes de paillettes et breloques au kitsch magnifique.
Mais les rois de la route, ce sont les incroyables camions Tata, pavoisés comme des temples roulants pour divinités pétaradantes. Pompons porte-bonheurs, fleurs en plastoc, chromes rutilants, grigris et amulettes, décorations peintes avec amour pour conjurer le mauvais sort et les accidents. Il le valent bien !
Scotchée à la fenêtre du bus, je croque à toute allure ces monstres arc-boutés sous un improbable chargement qui doublent sans ménagements. Alertés par un coup de corne tonitruant, on se rabat vite fait, marmonnant en silence une prière afin qu’un essieu ne cède pas là, juste devant nous. Ou pour dégager par la force de la pensée une sacrée vache plantée sur la quatre voies, indifférente au Dieu Tata.

Out of the window – 10 janvier 2016

Par la fenêtre

Trop frileuse pour dessiner dehors en hiver, je regarde par la fenêtre de ma cage d’escalier, bien au chaud. Les arbres tout nus, les cheminées fumantes et les jardinets abandonnés. Le bambou géant du voisin affiche une santé éclatante, comme une touche de printemps lumineuse dans la grisaille d’un dimanche matin de janvier.
Carnets de quotidien, Le Perreux sur Marne,  Delphine Priollaud-Stoclet. Encre et aquarelle.

Dans les petits papiers de Dalbe – Essai n°3

Essai Dalbe, les pinceaux

Essai Dalbe, les pinceaux

J’ai poursuivi ma série d’essais pour la marque Dalbe au Maroc, où j’animais un stage Carnet de voyage à Essaouira et à Fes.
Dans ma trousse de voyage, trois pinceaux : un set de deux pinceaux composé d’un pinceau à lavis en petit gris pur n°2 et d’un pinceau en martre n°4, ainsi qu’un pinceau en martre n°8 de la gamme 27 OR.
Pinceau martre, essai DalbeCes pinceaux m’ont accompagnée tout au long de notre périple et j’ai eu beaucoup de plaisir à m’en servir. L’inconvénient majeur d’un pinceau à lavis en petit gris est de perdre ses poils à cause d’une touffe mal liée. Là, aucun problème ! Mon pinceau est revenu de voyage avec tous ses poils et en parfait état. J’ai particulièrement apprécié la nervosité de la pointe et une prise en main agréable.
La taille du pinceau à lavis n°2 permet d’aborder sans stress de surfaces relativement importantes telles que les ciels qui demandent un traitement rapide dans l’humide. En effet, la capacité d’absorption de l’eau de petit gris autorise un grand confort de travail. En plus, mouillée et essuyée, la pointe du pinceau se fait toute fine : c’est idéal pour les détails, et cela sans changer de pinceau.
Le pinceau en martre inclus dans le set remplit sa mission pour les repiquages et les petites surfaces, avec une jolie nervosité, caractéristique des martres de bonne qualité. Idem pour le pinceau en martre n°8, doté en plus d’un manche ergonomique vraiment bien étudié pour une bonne prise en main. Mine de rien, c’est très agréable !
Pinceau martre, essai DalbleUn petit regret toutefois : l’absence d’indication concernant l’espèce de la martre utilisée dans la fabrication de ces pinceaux… S’agit-il de la martre Kolinsky de Sibérie, réputée pour donner des pinceaux aux pointes effilées remarquablement dynamiques et nerveuses ? Si c’est le cas, il faut le dire ! Sinon, on aimerait en savoir un peu plus sur la provenance des poils.

Mon astuce :
Conservez précieusement les petits tubes en plastique qui protègent la pointe des pinceaux, et remettez-les en place après avoir utilisé vos pinceaux. Ainsi, vous préserverez “le pointu” de la pointe plus longtemps et éviterez de les abîmer en les transportant dans une trousse. N’hésitez pas à vous procurer un pincelier, plus pratique pour ranger vos pinceaux.
Set de deux pinceaux pour l’aquarelle
http://www.dalbe.fr/pinceaux-aquarelle/1000-pochette-pinceaux-aquarelle-dalbe.html
Pinceau Martre 27OR – Dalbe : à partir de 2,45 euros
http://www.dalbe.fr/pinceaux-aquarelle/4562-pinceau-martre-270r-dalbe.html

Un croquis, une histoire. Les galets de Vernazza.

La plage à Vernazza, Delphine Priollaud-StocletUne chaleur et une foule étouffantes.
La Méditerranée qui nous tend les bras, couleur menthe à l’eau.
Il est tard et l’idée de nous entasser dans un train bondé pour rejoindre La Spezia n’est guère enthousiasmante.
Nous suivons bêtement un groupe de personnes qui se dirigent vers un tunnel sombre et malodorant. Au bout, la plage ! Laurent se déshabille en 4 secondes et fonce vers la mer en gueulant “putain de galets brûlants !”. Moi, j’avise un chapeau de paille abandonné et une bimbo qui bronze. C’est à l’aquarelle que je me jette à l’eau, tandis que les rochers se voilent de paillettes dorées au fur et à mesure que s’incline le soleil.Le chapeau disparaît, la fille aux cheveux vénitiens se rhabille.
Mes aquarelles sont pleines de sable.

 

Dans les petits papiers de Dalbe – Essai n°2

Delphine a passé au crible une sélection de carnets et de papiers développés par la marque Dalbe : l’occasion de faire le point sur les qualités et les défauts d’un bon papier.

Essai papier DalbeJ’ai d’abord découvert deux carnets de croquis qui m’ont séduite par leur look et leur format sympa en voyage.

Blocs croquis, essai DalbeLe cahier de dessin se présente comme un livre toilé noir habillé d’une étiquette calligraphiée, avec une reliure collée à l’italienne bien finie et une belle épaisseur : 66 pages, on a de quoi dessiner ! Avec sa taille de10X16 cm, on ne risque pas d’alourdir son sac, et son look un peu rétro en fait un objet sympa.
Passons aux choses sérieuses : le papier très blanc qui affiche un grammage de 140 grammes avec une surface “smooth” idéale pour les techniques sèches, feutres ou crayons, en permettant même des rendus aquarellés rapides. Il donne vraiment envie de l’adopter pour griffonner au quotidien ou en voyage.Livre dessin Essai DalbeEssai Dalbe livre dessinJ’ai ensuite testé le Sketchbook, toujours avec un format à l’italienne, de 10,1X15,2 cm. Une finition de couverture un peu moins jolie que celle du Livre de dessin, une grosse reliure à spirale. Le papier plutôt fin, 100 grammes, affiche une teinte légèrement crème avec des feuilles micro-perforées facilement détachables.
Sketchbook essai Dalbe

Voilà un carnet de croquis sympathique, mais ne vous attendez pas à des miracles côté rendu : le feutre bave un peu et les couleurs perdent leur éclat au séchage à cause de la qualité moyenne du papier. Cela dit, il est parfait pour des esquisses ou études rapides et pour 2,95 €, vous faites une très bonne affaire !
Le livre de dessin sur le site Dalbe.fr
Le sketchbook à spirale sur le site Dalbe.fr
Sketchbook essai DalbePassons maintenant aux papiers aquarelle.
Un bon papier aquarelle doit faire 300 grammes minimum pour résister à l’eau et ne pas gondoler. Tous les papiers Dalbe que j’ai essayés pèsent effectivement 300 grammes.
D’abord, la gamme “Aquarelle” , présentée en blocs encollés sur les 4 côtés : j’ai essayé le papier grain fin et le grain satiné. Personnellement, je n’aime pas travailler sur grain torchon : je n’ai donc pas testé !
Papier aquarelle Essai DalbePapier aquarelle Essai DalbeCes papiers sont garantis 100 % coton, fabriqués sur forme ronde (un procédé très proche de la fabrication à la main), sans acide (PH> ou = à 7 qui garantit une bonne conservation dans le temps), sans chlore (le blanchiment au chlore est un procédé industriel très polluant), avec une blancheur naturelle. Ouf ! Pour simplifier, vous êtes certain de travailler sur un excellent papier homogène, résistant, avec une excellente durabilité dans le temps et respectueux de l’environnement.
Le papier grain fin présente une surface tout de même assez “rough” avec un grain bien présent. Malgré cela, les couleurs demeurent lumineuses après séchage et surtout, on réussit sans problème des effets de fusion ou de dégradés dans le mouillé.
Papier aquarelle essai Dalbenuancier-grain-fin essai DalbeLe grain satiné m’a moins séduite. D’habitude, j’aime beaucoup travailler sur ce type de papier qui autorise des effets extras de dégoulinures, de sertis et d’heureux hasards au fil de l’eau. Là, on subit la trame du papier qui crée un effet visuel de petits points assez désagréable. Malgré tout, les couleurs sont bien restituées, les effets bien présents et l’aspect lisse est parfait pour des esquisses au feutre qui glissent toutes seules.
Essai Dalbe grain satiné
Je me suis ensuite intéressée à un gros bloc de 50 feuilles grain fin encollé sur les 4 côtés sobrement intitulé “Bloc Aquarelle”. En cherchant un peu, on se rend compte qu’il s’agit du papier de la gamme papier aquarelle Bréhat… mais ça ne figure nulle part sur le bloc en question !
Essai Dalbe bloc aquarelleCette fois-ci, Dalbe indique les caractéristiques du papier avec une série de logos à décrypter :

Logos DalbeCe papier est donc adapté aux esquisses au crayon et à des rendus au pinceau (l’aquarelle !). L’anneau de Moebius indique que le papier est recyclable.  Avec un PH>7, il n’est pas acide, la norme ISO 9706 veut tout simplement dire que le papier est considéré comme “permanent” et durable dans le temps. Enfin, il n’a pas été traité au chlore et est garanti sans acide. Personnellement, je trouve ça bien de comprendre ces indications que souvent l’on ne remarque pas ou que l’on ignore. Les connaître vous permettra de choisir votre papier en connaissance de cause, et c’est une excellente idée de le présenter aussi clairement en couverture du bloc.
Essai papier aquarelle DalbeCe papier présente un grain plus gros, plus “ouvert”, que l’autre papier testé. J’ai bien aimé la manière dont réagissaient les couleurs et leur éclat au séchage. Voici un excellent papier d’atelier qui présente également un rapport qualité-prix imbattable : vendu 15,10 €, la feuille 24X32 cm vous revient à 30 centimes. Pour un papier de cette qualité, c’est vraiment extra.
Le bloc “Aquarelle” grain fin sur le site Dalbe.fr
Le bloc “Aquarelle” grain satiné sur le site Dalbe.fr
Les blocs aquarelle Bréhat 50 feuilles sur le site Dalbe.fr

Mon astuce : pour réduire votre budget “Carnet de voyage”, préférez aux blocs de papier aquarelle estampillés “Carnet de voyage”, joliment présentés mais vendus très chers (vous payez le marketing), un assortiment de feuilles extraites de blocs “Atelier” comme ceux que j’ai testés, découpées et assemblées par vos soins en un carnet personnalisé. Ainsi, vous rassemblerez différents papiers pour varier vos rendus, en fabriquant vous-même une jolie reliure (à la japonaise par exemple) pour dessiner sur le format qui vous ressemble le plus.

En conclusion, j’ai adoré le Livre de dessin que je garde désormais dans mon sac pour dessiner en toutes circonstances. Nous sommes devenus inséparables… Et un vrai coup de cœur pour le bloc aquarelle Bréhat, polyvalent, pas cher et bien réactif à l’eau.